19e colloque de l'AEDDHUM : de Gênes à Fukushima, perceptions et gestions du risque

Mercredi 14 mars, 14h45

Minorités face au pouvoir

Président de panel : David Meren

L’Etat militaire chilien et les professeurs (1973-1990) : analyse d’une transformation des conditions de travail et des conditions de vie des enseignants

Carolyne Ménard, Histoire, UQÀM

De 1973 à 1990, le régime militaire d’Augusto Pinochet a modifié la société chilienne par la mise en place de politiques économiques néolibérales, guidé par une idéologie autoritaire basée sur l’anticommunisme. En éducation, cette dictature met en place différentes politiques éducatives qui transforment les conditions de travail et de vie des enseignants au secondaire, exposant les professeurs à divers risques dans leur milieu de travail et dans leur vie quotidienne. Les politiques éducatives mises en place par le gouvernement militaire donnent ainsi l’impression que  les enseignants sont perçus par l’État comme une menace au nouveau fonctionnement de la société chilienne. Or, le discours officiel de l’État demeure paradoxalement semblable à celui qui existait avant 1973; l’État continue de valoriser l’éducation et les enseignants. Il existe donc une divergence entre discours de l’État, politiques éducatives et vécu des enseignants. Notre communication jettera la lumière sur la manière dont les professeurs percevaient les dangers qu’ils devaient affronter dans leur milieu de travail et dans leur vie quotidienne sous la dictature, et sur la manière dont l’État percevait les enseignants à travers ces discours officiels et à travers ces politiques éducatives. Il sera ainsi possible de savoir quelles sont les divergences qui existent entre la perception institutionnelle et la perception des acteurs sociaux du risque, et quels facteurs peuvent expliquer ces divergences ainsi que leur évolution de 1973 à 1990.

Devenir communiste – une entreprise risquée ? La répression anticommuniste au Québec et au Canada pendant l’entre-deux-guerres

Daria Dyakonova, Histoire, Université de Montréal

Bien que faible et maginalisé, le Parti Communiste du Canada, fondé en 1921, est devenu depuis sa naissance l’objet de répression de choix pour les autorités canadiens. C’est surtout ses liens avec l’Union soviétique et l’influence que cette dernière pouvait exercer sur les sections-membres de l’Internationale Communiste qui faisait peur à la bourgeoisie canadienne. La répression s’est traduit par l’interdiction des réunions et des manifestations organisées par les communistes dans les années 1920, les arrestations et l’imprisonnement des membres, y compris des leaders,  dans les 1930. Enfin au Québec le sentiment anti-communiste s’est soldé en 1937 par  l’adoption de la Loi protégeant la province de la propagande communiste suivi en 1941 par l’interdiction du parti au niveau fédéral en vertu de la Loi des Mesures de guerre. Toutes ces mesures témoignent du fait que être communiste au Québec et au Canada était un choix hasardeux qui impliquait toute une série de risques.   

L’ennemi intérieur : de la collaboration à la répression. Les communautés aymaras, l’État bolivien et le développement national, 1865-1903

Guillaume Tremblay, Histoire, Université de Montréal

Dans le contexte historique de la Bolivie, la seconde moitié du  XIXe siècle est marquée par une volonté d’implantation et de structuration par l’élite créole au pouvoir d’un État nation suivant les grandes lignes du républicanisme et du libéralisme développé au même moment dans les pays d’Europe et d’Amérique du Nord. Cette volonté trouve toutefois ses limites dans les spécificités culturelles, démographiques et géopolitiques du pays andin. La très forte présence autochtone, présence démographique d’abord, mais qui trouve de puissants échos dans les sphères économiques et politiques, combinée à la situation belliqueuse dans laquelle se trouve le pays vis-à-vis de plusieurs de ses voisins, génère une négociation constante des formes que prendra l’État nation en développement.

Avec ce contexte pour trame de fond, la présente communication visera à décortiquer la relation entre les communautés aymaras et l’État bolivien afin de comprendre comment se transformeront la perception et, par extension, la gestion des risques d’échec du projet d’État nation envisagé par l’élite dirigeante. Pour se faire, nous analyserons trois conflits importants échelonnés entre les années 1865 et 1903 qui nous permettront de comprendre, d’une part, les transformations dans la relation entre autochtones et Créoles, et d’autre part, de percevoir comment, pour l’élite dirigeante, l’ennemi principal du projet étatique national créole passera d’un ennemi extérieur (le Chili) à une présence intérieure, soit les communautés amérindiennes.

Le risque dans l’action contestataire

David Tremblay, Science politique, UQÀM

Dans nos systèmes représentatifs libéraux, la participation citoyenne est très peu directe et habituellement réduite au rôle d’électeur. Ce rôle de simple votant est cependant rejeté par une partie de la population souhaitant réinvestir l’espace public par diverses actions contestataires qui deviennent en elles-mêmes un enjeu politique. Comme le rappellent les auteurs de Militer Aujourd’hui, « ne « devient »-on pas aujourd’hui militant dans et par l’action, celle de s’engager, alors qu’hier on « était » militant à partir d’une adhésion préalable, idéologique, syndicale ou politique? ». Cet agir politique, qui poussent certains à enfreindre les lois, a souvent un coût pour ceux et celles qui le pratiquent. Plusieurs militants et militantes sont, par leurs actes, illégaux aux yeux des autorités et des lois. Pour la défense de leurs idées et de leurs valeurs, ces derniers prennent un risque en incarnant la figure du désobéissant. Pourquoi traverser cette ligne de l’obéissance du citoyen à l’État ? Pourquoi, au nom d’une injustice ressentie, certains risquent-ils un coût personnel encore plus grand ?

Dans cette présentation, je tenterai d’expliquer les raisons de l’engagement militant et d’explorer les formes que celui-ci peut prendre dans les mouvements sociaux. Bien sûr, je porterai une attention tout particulière aux formes contestataires, comme la désobéissance civile, qui poussent le militant à transgresser la ligne de l’obéissance et à prendre un risque. Comme le dit l’historien américain Barrington Moore, la véritable question n’est pas « pourquoi les hommes se révoltent-ils ? », mais bien « pourquoi ne le font-ils pas plus souvent? ».