19e colloque de l'AEDDHUM : de Gênes à Fukushima, perceptions et gestions du risque

Jeudi 15 mars, 14h15

Les enjeux de la foi

Présidente de panel : Dominique Deslandres

Risquer sa vie pour sauver des âmes, les dangers de la conversion religieuse dans les premières missions de Livonie

Louis Provost-Brien, Histoire, Université de Sherbrooke

Les croisades baltiques, qui eurent lieu entre les XIIe et XVe siècles, furent le théâtre de nombreuses violences, mais aussi de moult entreprises de conversion chrétienne. Ayant repoussé la frontière nord-orientale de la chrétienté au-delà de l'Elbe au milieu du XIIe siècle, les croisés et les missionnaires se retrouvaient maintenant face aux étendues marécageuses et glacées de la Livonie et des autres territoires entourant la Baltique.

D'abord, peu de gens s'intéressèrent à ces terres, considérées comme étant peuplées d'êtres entre humanité et bestialité. Puis, les missionnaires, poussés par le prosélytisme chrétien, s'aventurèrent en ces lieux hostiles, rencontrant des peuplades n'ayant que peu de contacts commerciaux et encore moins politiques ou culturels avec la chrétienté.

Représenté tout d'abord par Meinhard, premier évêque de Livonie en 1180, le missionnariat chrétien allait connaître une immense expansion dans les décennies à venir. Les missionnaires, symboles mêmes de l'apostolat chrétien, prenaient cependant de nombreux risques pour sauver leur âme ainsi que celles des idolâtres qu'ils espéraient convertir.

Il serait ainsi pertinent d'étudier quelle était la pensée du missionnaire tout comme l'environnement dans lequel ils œuvraient, dans le but de comprendre quels étaient les risques encourus par les évangélisateurs et ce qui les motivait à confronter ces dangers.

Les morisques : loyaux sujets ou cancer de la république ?

Bernard Ducharme, Histoire, Université de Montréal et Université Paul Valéry (Montpellier III)

Après l’achèvement de la Reconquista, l’Espagne chrétienne devait composer avec la diversité religieuse de ses populations. L’équilibre trouvé dans la Couronne d’Aragon liait la protection de la liberté de religion des musulmans à leur loyauté envers le roi. Mais déjà à la fin du Moyen Âge, des auteurs comme Francisco Eiximenis, qui pensaient la société comme un corps social ou une république, écrivaient ou prêchaient qu’un royaume ne peut atteindre la prospérité que si tous les sujets suivent la même loi – le christianisme, le judaïsme et l’islam étant à cette époque davantage considérés comme des lois que des religions dans le sens que nous prêtons aujourd’hui à ce mot.

Forcés à la conversion en 1525, ceux qu’on appelle désormais les « nouveaux convertis de maures » ou « morisques » sont de plus en plus soupçonnés de prêter assistance aux ennemis de la Monarchie catholique, les Turcs Ottomans et les corsaires d’Alger. Collusion religieuse avec leurs frères musulmans? Vengeance contre les vieux chrétiens pour les avoir forcés à la conversion? Volonté de redevenir les maîtres de l’Espagne? Toutes ces accusations furent lancées à l’encontre des morisques.

Je propose ici une analyse des discours tenus sur la loyauté des sujets musulmans ou nouveaux chrétiens dans l’Espagne du XVIe siècle et du début du XVIIe siècle. Comment voyait-on la menace? Comment supposait-on que viendrait le coup? Quelles étaient les causes de la déloyauté supposée des morisques? Comment prétendait-on régler le problème?

Infectieuse, morale ou religieuse : les dangers de la contagion dans les hôpitaux du XVIIIe siècle

Claire Garnier, Université de Montréal et Université Blaise Pascal (Clermont-Ferrand II)

À travers l'analyse des règlements et textes normatifs qui régissent le fonctionnement interne d'institutions charitables et hospitalières du XVIIIe (Hôpitaux Généraux et Hôtel-Dieu auvergnats et parisiens), cette communication se propose de mettre en lumière les différentes conceptions de la contagion dans les hôpitaux d'Ancien Régime, ainsi que les différentes méthodes appliquées à chacune d'entre elle pour les contenir. Plus que la contagion elle-même, c'est ici sur le risque de contamination que nous nous penchons.

Dans quelle mesure les connaissances médicales du XVIIIe siècle sont-elles appliquées pour endiguer les épidémies ? Comment protège-t-on les malades ? Comment protège-t-on les soignants ? Les religieuses ? Quelle(s) forme(s) la surveillance des mœurs des malades, ainsi que ceux des soignant(e)s prend-t-elle de manière à éviter que des comportements "immoraux" ne contaminent  ce lieu de soin religieux ? Enfin, craint-on dans ces hôpitaux une contamination spirituelle – hérésie – et comment y remédie-t-on le cas échéant ? Développée en anthropologie, la notion de souillure trouverait, dans ce contexte historique, un nouveau champ d'application.

Trois femmes « fortes » : le risque partagé des cofondatrices des Soeurs de la Charité de Montréal

Suzanne Gousse, Histoire, Université de Montréal

Deux événements qui – tout d’abord – ne semblent pas liés ont lieu en septembre 1737. Une demoiselle Demers vend sa maison de la rue Saint-Jean-Baptiste au négociant Labadie. De son côté, madame d’Youville signe un bail de trois ans pour la maison de la veuve LeVerrier. Ces deux contrats notariés seraient les premières actions concrètes qui aboutiront à la fondation d’une œuvre charitable : les Sœurs Grises. Le 31 décembre de la même année, Catherine Cusson se joint au trio de fondatrices formé par Catherine Demers, Louise Thaumur – toutes deux filles majeures – et Marguerite d’Youville – chargée d’enfants en bas âge. Elles désirent se consacrer au service des femmes pauvres.

Il existe bien depuis 1692 un hôpital général fondé par les Frères Hospitaliers de la Croix sous la gouverne de François Charon de la Barre. Il n’accueille cependant à cette époque que les hommes et les garçons. Il se trouve en faillite en 1737. Quels risques courent ces femmes dans l’aventure pieuse et sociale dans laquelle elles se lancent ? Ont-elles pu envisager les obstacles, l’opprobre et l’opposition qu’elles rencontreront sur le chemin de leur rédemption à travers le service aux autres ? C’est ce que cette présentation tentera de déterminer.