19e colloque de l'AEDDHUM : de Gênes à Fukushima, perceptions et gestions du risque

Vendredi 16 mars, 14h45

Le hasard antique

Président de panel : Pierre Bonnchère

Le hasard dans l’Antiquité grecque

Nancy Duval, Histoire, Université de Montréal

Hasard et incertitude sont deux termes inséparables.  Celui qui saurait prévoir les aléas du destin aurait, certes, un avantage sur tous ses congénères; et ce, dans tous les domaines de la vie.  Menaces réelles pour toute organisation, le hasard et l'incertitude, font actuellement l'objet d'analyses se voulant exhaustives de "gestion des risques" qui allient études de scénarios, de gravité, de potentialité... bref, on cherche à tout prix à quantifier le hasard pour mieux se préparer à toutes les éventualités.  Les Grecs, dont les connaissances ont fourni les fondations des grands théorèmes actuellement utilisés dans les disciplines mathématiques, n'ont pourtant jamais essayé de les utiliser pour tenter de rationaliser le hasard.  On a allégué parfois le manque d’outils conceptuels pour expliquer ce manque, mais pourtant les calculs de base eurent été particulièrement simples en comparaison avec ceux utilisés dans la construction du Parthénon, dont le module de base est une fraction incluant une racine carrée.  Pourquoi a-t-il donc fallu attendre la fin du Moyen-âge pour voir la naissance d'une telle entreprise?

Je me propose de fournir des pistes de réflexion sur la question en étudiant le concept de hasard, tel qu'il est entendu aujourd'hui en comparaison avec l'antiquité grecque.  Le but sera non pas d'analyser l'actuelle conception du hasard dans les détails, mais, tout au moins, d'en cerner les différents aspects pour en dresser un parallèle le plus efficace possible dans l'antiquité et, ultimement, pour apprécier les écarts entre les deux conceptions.

Lire dans les entrailles pour savoir ce qu’il faut faire ou ne pas faire : de la gestion du risque à la guerre d’après le témoignage de Xénophon d’Athènes

Mathieu Labadie, Histoire, Université de Montréal

Dans l'antiquité méditerranéenne, l'on concevait que la guerre était aussi bien l'affaire des hommes que l'affaire des dieux. L'issue des batailles et les conséquences des décisions stratégiques demeuraient l'apanage des dieux, qui seuls possédaient la connaissance absolue de la finalité des actes des hommes. Cependant, le commandant d'armée pouvait, par expérience et/ou par l'entremise des devins, dévoiler pour lui-même et ses troupes la vérité sur l'efficacité de ses tactiques militaires en communiquant avec les dieux par le biais de la divination. L'examen des entrailles des victimes animales était un des moyens les plus courants pour savoir si oui on non l'on prenait un risque à la guerre. Xénophon d'Athènes, célèbre historien grec de l'antiquité et disciple de Socrate, fut un des rares écrivains anciens à avoir insisté à de nombreuses reprises sur la nécessité pour tout général de s'entendre en matière de divination afin de pouvoir gérer du mieux possible les risques inhérents à la pratique de la guerre. Dans le cadre de cette communication, nous nous proposons donc, à la lumière des témoignages de cet auteur, de faire découvrir aux auditeurs cette vision du monde si étrange à nos yeux, où le hasard n'étaient pas une réponses possible au déroulement des événements historiques, et où la providence divine faisait partie intégrante des mentalités traditionnelles.

Remarques sur les limitanei et les comitatenses dans l’armée romaine tardive

François Gauthier, Histoire, McGill University

Depuis la publication d’un article sur l’armée romaine tardive par Theodor Mommsen en 1889 (Das römische Militärwesen seit Diokletian », Hermes, 24, p. 195-279), plusieurs générations d’historiens se sont appropriés son schéma et l’ont remodelé en l’intégrant dans une vision strictement ancrée dans une compréhension de l’Antiquité tardive comme étant une période de déclin et de décadence. L’historiographie moderne a donc conçu pour cette période un modèle défensif appliquée à l’ensemble de l’empire pour parer aux risques des invasions barbares. Ce modèle aurait été l’un des signes de la supposée décadence de l’armée et de la société. La communication proposée critiquera l’idée reçue selon laquelle l’armée romaine tardive était divisée entre deux corps de soldats, l’un formé de professionnels et l’autre de miliciens de piètre valeur. Il sera démontré qu’une telle conception repose sur bien peu et qu’un tel schéma est en fait basé sur une lecture sélective des sources influencée par des concepts de stratégie moderne.